VALENTE ADVISORY · LA SALLE DE DÉCISION

« Ça y est, t’as tout donné. » Le moment où j’ai décidé d’arrêter Los Puros Hermanos

La réponse courte

Aimer un projet ne suffit pas à pouvoir continuer à le financer. Mon expérience avec Los Puros Hermanos m’a appris à regarder ce qui justifie un nouvel investissement et les limites que je suis prêt à accepter. Il n’existe pas de seuil universel : ces limites dépendent de ta situation et de ce que tu cherches à vérifier.

Illustration d’un fauteuil vide dans un fumoir ; évocation du récit, et non photographie de Los Puros Hermanos.

Je bouchais d’un côté, ça fuyait de l’autre.

Je m’occupais de l’autre côté, une nouvelle fuite apparaissait.

C’est comme ça que je décrirais les derniers temps de Los Puros Hermanos. Je continuais à remettre de l’argent, à essayer de faire tenir une activité que j’aimais.

Puis j’ai ouvert les yeux et je me suis dit : « Ça y est, t’as tout donné. C’est la fin. »

Il fallait arrêter l’hémorragie.

Ça n’a pas été facile.

Los Puros Hermanos, c’était mon établissement de cigares en Colombie. J’aimais ce lieu et le quotidien que j’y avais.

C’est ce qui rendait la décision difficile.

Je ne cherchais pas à quitter une activité que je détestais. Il fallait renoncer à quelque chose auquel je tenais, tout en regardant ce que cela me demandait financièrement.

Je réinjectais de l’argent. Je ne me rémunérais pas suffisamment. J’avais dépassé la limite de ce que j’étais prêt à y mettre.

Et pourtant, arrêter restait douloureux.

Aimer mon entreprise et pouvoir continuer à la financer étaient devenus deux questions différentes.

À quel moment continuer devient-il trop coûteux ?

Je ne vais pas te donner un nombre de mois ou une somme à partir desquels il faudrait forcément arrêter. Mon histoire ne permet pas de fixer une règle pour tous les projets.

Mais elle m’a appris à prendre au sérieux cette question : qu’est-ce qui me permet encore de penser que la situation peut changer ?

Une amélioration observée ? Une hypothèse précise à vérifier ? Un changement dont je peux mesurer les effets ?

Ou est-ce que je remets simplement de l’argent pour tenir jusqu’à la prochaine difficulté ?

Une dépense supplémentaire peut avoir un sens. Encore faut-il savoir ce qu’elle doit permettre, ce qu’on attend en retour et jusqu’où on accepte d’aller.

Dans mon cas, l’image des fuites disait bien où j’en étais : je colmatais, puis je recommençais ailleurs.

Avoir tout donné ne m’obligeait pas à donner encore.

Arrêter Los Puros Hermanos a été l’une des décisions les plus difficiles de mon parcours.

Je peux expliquer aujourd’hui pourquoi je devais le faire. Ça n’efface pas ce que cette décision m’a coûté émotionnellement.

Il y a une différence entre comprendre qu’il faut arrêter et réussir à l’accepter.

Ce jour-là, j’ai fini par me dire stop.

Ce que cette histoire peut t’apprendre avant même de te lancer

Si tu réfléchis aujourd’hui à ton premier projet, tu n’en es peut-être pas là. Mais tu peux poser tes limites avant que l’attachement à ton entreprise rende la décision plus difficile.

Il ne s’agit pas de prévoir toute la vie de ton entreprise. Il s’agit de savoir ce que tu acceptes d’engager pour la prochaine étape.

Et si tu décides ensuite d’aller plus loin, prends le temps d’expliquer pourquoi. Qu’as-tu appris qui justifie ce nouvel engagement ?

Avant d’engager de l’argent, écris :

  • Ce que tu peux consacrer à ce premier essai, sans mettre en difficulté tes dépenses essentielles.
  • Ce que tu veux vérifier avec cet investissement.
  • Les résultats qui te feront poursuivre, modifier ou arrêter le test.
  • La date à laquelle tu feras le point.

DU PAPIER AU TERRAIN

Le test à faire cette semaine

Pose par écrit ta limite d’engagement pour le prochain essai et ce que tu veux vérifier avant de décider d’aller plus loin.

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