La réponse courte
Avant de choisir un projet, regarde aussi les journées qu’il va te demander. Mon expérience de restaurateur m’a appris que vouloir être indépendant et préserver sa liberté sont deux questions différentes. Décrire une semaine ordinaire, puis en parler avec quelqu’un qui exerce déjà, peut t’aider à préciser ton choix.

La phrase qui m’a fait regarder ma crêperie autrement
Un jour, mon meilleur ami est venu me voir à ma crêperie, en Guadeloupe.
À cette époque, pour passer du temps avec moi, mes amis devaient venir au restaurant. Sinon, on ne se voyait presque plus.
Il m’a dit : « Tu te rends compte que t’as créé un business pour te rendre libre et que finalement, t’es devenu esclave de ton business ? »
Cette phrase m’a fait l’effet d’une claque.
J’avais voulu construire quelque chose à moi. Être indépendant. Et je me retrouvais avec une activité qui prenait presque toute la place.
Avant cette crêperie, j’avais passé dix ans chez BUT. Puis j’étais parti me former au métier de crêpier à La Forêt-Fouesnant, en Bretagne.
J’avais envisagé le Mexique ou l’Argentine. Finalement, j’avais ouvert en Guadeloupe, où je vivais déjà.
L’aventure a duré cinq ans. Il y a eu de beaux moments, de l’affluence, de l’attention autour du restaurant. Mais faire venir des clients et construire une vie qui me convenait étaient deux questions différentes.
La remarque de mon ami m’a mis face à cette différence.
Quand tu imagines ton entreprise, tu peux voir le lieu, le produit, les clients. Tu peux aussi imaginer ce que cela représentera pour toi : de l’indépendance, de la fierté, la possibilité de vivre autrement.
Mais il reste une question très concrète : à quoi vont ressembler tes journées ?
Je n’ai pas simplement décidé de tourner la page
Je ne veux pas raconter cette histoire comme si cette prise de conscience avait suffi à tout régler.
J’ai voulu vendre la crêperie. Je n’y suis pas arrivé. Il y a eu des difficultés financières, de personnel et de loyer. L’activité s’est finalement terminée par une liquidation judiciaire.
Comprendre qu’une situation ne te convient plus ne signifie pas que tu peux en sortir facilement.
C’est aussi pour ça que cette question du quotidien mérite d’être posée avant de se lancer. Tout ne se prévoit pas, mais certaines contraintes peuvent déjà être regardées.
Imagine un mardi ordinaire
Si tu hésites aujourd’hui entre plusieurs idées, prends quelques minutes pour décrire une journée ordinaire dans chacune d’elles.
Pas le jour de l’ouverture. Pas le moment où tout fonctionne parfaitement. Un mardi, quelques mois après le démarrage.
Si tu ne sais pas répondre aux questions ci-dessous, va en parler avec quelqu’un qui exerce déjà cette activité. Demande-lui de te raconter sa semaine, les tâches qui reviennent et ce qui lui prend le plus de temps.
Ses réponses ne décideront pas à ta place. Elles t’aideront à regarder ce que tu t’apprêtes à choisir.
- À quelle heure dois-tu être disponible ?
- Quelles tâches reposent sur toi ?
- Quand tes clients ont-ils besoin de toi ?
- Peux-tu t’absenter ? À quelles conditions ?
- Quelle place reste-t-il à tes proches et à ce que tu veux préserver ?
DU PAPIER AU TERRAIN
Le test à faire cette semaine
Avant de comparer tes idées seulement sur leur potentiel, écris une chose que tu veux préserver dans ton quotidien. Puis regarde ce que chaque projet exige pour que ce soit possible. Je ne tirerais pas de mon histoire la conclusion qu’il ne faut pas ouvrir de restaurant : ce quotidien peut convenir à quelqu’un d’autre. Mais aujourd’hui, je regarderais plus tôt la place que le projet risque de prendre dans ma vie, et ce que je suis prêt à lui donner.
